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Une rencontre dans la ville rouge

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LE GARDIEN
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MessageSujet: Une rencontre dans la ville rouge22.04.17 13:23







L
es rayons du soleil léchaient à peine les murs rouges du rempart que les marchands déballaient déjà leurs étales afin d’y installer leurs marchandises. L’aube était encore fraiche et la rosée du matin, chassée des toiles des étales d’une main leste par les marchands, formait des arcs-en-ciel sur la place étroite. Une vision féérique pour qui prendrait le temps de s’y attarder, soit personne de levé à cette heure, le poète est un animal nocturne.

Soluxi était arrivé avec un soleil aussi rouge que les remparts de la ville le soir précédent. Il n’avait ni pris la peine de louer une chambre, ni de réserver un repas pour calmer son estomac protestant sur le jeûne forcé que lui avait imposé l’inquisiteur. Il s’était simplement assis dans un coin de rue dégagé pour méditer jusqu’au lendemain. Il aurait pu exiger à n’importe quel habitant de l’accueillir pour une nuit. Il aurait été logé, blanchi et nourri. Tel était le privilège d’un seigneur inquisiteur, forcé le gite par la crainte d’être passé sous le fil de l’épée, mais ce n’était pas le genre de Lambier, il aime chasser le ventre vide, ses instincts n’en sont que plus alerte.

Un brin de soleil vint lui réchauffer le visage, le sortant du même fait de sa transe. Il poussa sur ses jambes engourdies afin de se relever et se mit tout de suite en marche, ignorant le fourmillement du sang circulant à nouveau dans ses membres inférieurs. Le limier de l’Ordre traversa le marché en plein effervescence droit vers un des marchands, il était chétif et lui tournait le dos. C’était sa cible, un éternel de peu d’envergure, dissimulé sous les traits d’un vieux marchand. La créature prenait plaisir à vendre des faux remèdes afin d’empoisonner la population déjà affaiblie par la maladie. Il avait déjà sévi dans trois petits villages avant que Soluxi ne remonte la piste, trois villages maintenant désert. La traque n’avait pas été simple, la piste était froide et l’éternel compensait son manque d’aptitude physique par une intelligence prononcée, mais l’inquisiteur n’abandonne jamais et il se dressait enfin devant lui.

L’inquisiteur se mut derrière le marchand à la calvitie naissante avec une grâce féline, tout en sortant sa dague à rouet de son fourreau. Le cliquetis de la lame, imperceptible pour une oreille humaine, fit tressaillir le petit homme, une nouvelle preuve que le jeune chasseur ne s’était pas trompée de proie. Le marchand tenta de se retourner afin de faire face à son agresseur mais il était déjà trop tard. La dague à rouet s’était déjà fichée dans sa gorge, la traversant et ressortant par sa trachée. Le marchand, les yeux écarquillés, ouvra la bouche pour parler mais seul du sang noir comme la nuit en sorti, et il s’écroula lourdement sur le sol.

Un hurlement puissant se fit entendre, une femme, probablement terrorisée par ce qu’elle venait de voir. On criait déjà à l’assassin alors que Lambier essuyait machinalement sa dague sur la tunique du marchand qui se vidait de son sang, allongé sur le sol comme une poupée désarticulée. Le frisson du meurtre quittait peu à peu Soluxi qui se redressait lentement. C’était comme un vertige qui le quittait alors que le corps de l’éternel refroidissait déjà.

La garde ne tarda pas à faire son apparition, trois hommes portant l’uniforme écarlate de la ville pointaient des hallebardes à l’intention de l’inquisiteur aux cheveux de jets. Il ne savait bien sûr pas qui il menaçait, après tout il ne s’était pas fait annoncer, sinon ils ne risqueraient pas de se faire couper la main pour insulte à l’Ordre.

Soluxi n’avait pas envie de jouer avec eux, il décida donc de couper court à la conversation en s’adressant à eux d’un air nonchalant :

« Inquisiteur de l’Ordre de la lumière, cet homme était un éternel. Baissez vos armes... »

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LE MAT
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MessageSujet: Re: Une rencontre dans la ville rouge25.04.17 20:57




Jamais vraiment libre






La scène s’était déroulée si vite, Esiole n’eut même pas le temps de détourner le regard de l’acte qui venait de se produire. Le cœur de la demoiselle s’était soulevé lourdement, lui laissant un arrière-goût horrible. Elle n’aurait pu décrire ce qu’il venait de se passer tant l’action était effroyable.

Elle qui pensait avoir vu le pire en se perdant dans la forêt d’Asturia, venait de déchanter. La route avait été longue avant d'apercevoir la première ville et jamais elle n’aurait cru voir cela de ses yeux. D’où un tel geste était possible ? Elle qui avait été si sauvegardée en haut d’Auvent ne pouvait y croire.

Elle avait l’impression que son sang c’était complètement glacé. Un frisson l’avait gelée sur place. Impossible de se mouvoir. Cependant, elle aurait souhaité courir dans l’autre direction. Fuir le plus loin possible. Retourner à Auvent ? Mais ses jambes ne bougeaient pas.

Horrifiée.

Voilà ce qu’elle était. La nature humaine était-elle donc abjecte ? Était-ce cela la vie hors des murs de sa chambre ? Devait-elle craindre pour sa vie ? Un nouveau frisson la parcouru.

Partir.

Il fallait qu’elle s’en aille. Il fallait qu’elle trouve du courage pour faire bouger ses jambes une après l’autre mais son corps ne répondait plus. Figée, elle avait de plus en plus l’impression d’entendre des voix qui n’existaient pas. Les gens autour d’elle, regardant d’un œil vif le spectacle s’était tu, le monde avait arrêté de tourner. Mais alors qu’entendait-elle ? Encore des murmures. Toujours ces murmures. Regarde

Et elle regardait. Elle regardait le gisant, une pointe le transperçant de part en part au niveau du cou. Pourquoi les murmures voulaient tant qu’elle regarde ce spectacle macabre qui s’offrait à la vue de tous les badauds ? Impossible. Pourtant, elle vit. Elle vit le cadavre devenir poussière en quelques instants. Elle n’avait pas vu la masse de soldats se fondre sur le tueur. Tueur. Elle n’y avait aucunement fait attention. La personne derrière le mort ne l’avait pas interpellé. Elle n’avait vu qu’une action de quelques secondes. Elle tarda à regarder autre chose que ce phénomène particulier. Bientôt la main du pauvre marchand serait devenue poussière. Était-ce ainsi la mort pour tous les êtres fait de chair et de sang ? Ce n’était pourtant pas cela que ses professeurs lui avaient enseignés… Étrange…

Une fois la main dissoute dans une multitude de petites particules emportées par l’air, Esiole vit enfin l’homme portant l’armure qui venait de déposséder une personne de sa vie. Elle reconnut un symbole qu’elle avait déjà croisé où plutôt aperçu de sa petite fenêtre. Inquisiteur. L’Ordre.

Tu n'es pas prête

La voix de son instructeur lui revint à l'esprit. Elle entendait le son des armures traversant son village. Elle se souvenait des brefs coups d’œil qu'elle passait pas la minuscule fenêtre de son lieu de vie. Elle se rappelait de cette respiration qu'elle gardait pour elle.

Comme instinctivement, elle arrêta sa respiration, se mettant en apnée. Un rappel à l'ordre de son propre corps quand au danger imminent. La jeune fille voyait en l'homme en armure un ennemi, une personne à craindre et à fuir. Nouveau frisson. Aucune commande corporelle ne répond. Les secondes passent. De longues secondes. Une éternité.

La rouquine retient ses sanglots, elle étouffe. Son corps s'est arrêté comme le corps au sol sous les pieds de l'inquisiteur. Lourde. Elle se sent lourde. Elle se sent dégringolée de tout son être.

Ainsi, la petite Esiole, tombe pesamment sur le sol de Château-Rouge. Évanouie.
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LE GARDIEN
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MessageSujet: Re: Une rencontre dans la ville rouge26.04.17 23:45







L

es gardes étaient tétanisés sur place, un bruit de claquement de dents s’échappait même d’entre le gorgerin et la salade de l’un d’eux. Ils avaient peur de ce que l’inquisiteur pourrait décider de leur imposer pour avoir osés le menacer, tellement peur qu’ils en avaient oublié de baisser leurs hallebardes. Mains crispées sur la hampe, le cliquetis de la lame mal incrustée sur son bois, probablement pas le celui d’origine, trahissait tout de même une fatigue musculaire dû à la pause peu confortable du claqueur de dent. Maintenant que Soluxi s’attardait sur lui, il était frappant qu’il portait une armure trop grande pour lui, une recrue sans doute.

« Ne m’avez-vous pas entendu ? » Grinça le seigneur inquisiteur, profitant de son ascendant psychologique sur les gardes.

Les gardes reprirent leurs esprits dans un sursaut à peine contrôlé et finirent par baisser de concert leurs hallebardes vers le sol, dans un soulagement plus qu’apparent. Soluxi était presque aussi soulagé qu’eux à vrai dire. Il aurait détesté devoir se battre contre ces gardes. Déjà parce qu’ils sont beaucoup plus nombreux que lui et que le combat aurait été difficile, mais surtout parce que ce genre de bavure aurait entaché la réputation, déjà peu reluisante, de l’Ordre. L’inquisiteur supputait d’ailleurs que si les « erreurs » continuaient à se multiplier à ce rythme, l’Ordre devrait bientôt s’attendre à subir des révoltes à chaque village visité.

La situation était enfin retournée dans un calme relatif. L’inquisiteur n’aurait plus qu’à leur prier de partir une fois la mort de l’Éternel attestée, il quitterait alors la ville afin de retourner à Evalis pour un repos bien mérité. Cela aurait été si simple si cette jeune fille n’avait pas été là…  Une jeune fille à la beauté délicate, tellement délicate qu’elle semblait s’être évanouie à la simple vue du sang. Lorsqu’elle tomba lourdement sur les pavés de la place. Les gardes sursautèrent à nouveau, prenant à nouveau en joug l’inquisiteur, cette fois avec détermination.

« Que lui avez-vous fait ? Monstre ! » Beugla la recrue à l’armure trop grande et aux dents plus si claquantes tout à coup.

C’était la meilleure du siècle. En quoi l’homme aux cheveux de jet avait-il quoi que ce soit à se reprocher quant à la perte de connaissance de cette femme, qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam. Il lui vint d’ailleurs l’envie de passer la main dans ses cheveux afin de vérifier s’il ne lui était pas soudainement poussé des cornes, tant il était pris pour un bouc émissaire.

La voilà la marque des petits gens, se dit-il, prompt à l’accusation sans preuve. Ils cherchent simplement le parfait coupable, dusse-t-il être à vingt lieux de là, il lui serrerait la corde au cou, sans aucune forme de procès. Quid de s’il en faisait autant, lui ? Cet homme calciné aurait été son voisin de droite ou de gauche à n’en point douter, pour ce que cela changeait.

Le combat allait être inévitable en fin de compte. Il devrait agir vite mais il arriverait normalement à terrasser l’un ou l’autre avant d’être mortellement blessé. S’il arrivait à rester impressionnant et à profiter de la nature monstrueuse que lui prête les gens, les autres fuiraient peut-être dès le premier mort…

Soluxi s’interrompit dans sa réflexion stratégique alors que son regard, errant jusqu’ici, s’était à nouveau arrêté sur le claqueur de dent. La salade qui le coiffait avait glissé par l’action brutale de son cri, on pouvait maintenant parfaitement voir son visage juvénile, marqué par l’acné. Il ne devait pas avoir plus d’une quinzaine d’année, il lui rappelait presque…Non. Maintenant qu’il y avait pensé, il ne pouvait plus se détacher de cette idée. Le voir mourir une nouvelle fois ? Plutôt renier sa foi.

L’homme aux cheveux de jets souffla longuement. « Très bien…Emmenez-moi en cellule s’il le faut…Nous règlerons ça là-bas. » dit-il enfin en levant les bras en signe de soumission.

Alors que les gardes, un brin détendu par la décision de l’inquisiteur, l’emmenait vers la sortie de la place. Soluxi vit, par-dessus l’épaule du plus massif d’entre eux, que claqueur avait été ramassé la jeune fille qui gisait depuis lors sur le sol et, la portant comme un sac de tubercule sale, se dirigeait à son tour vers le château. Apparemment même les évanouies étaient suspecte ici.
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LE MAT
NIVEAU : 5


MessageSujet: Re: Une rencontre dans la ville rouge27.04.17 23:25




Jamais vraiment libre






Elle senti tout à coup une force la portée malgré elle. Cette sensation était des plus désagréables. Le monde autour d'elle semblait tourner comme dans un manège. Elle se sentait fiévreuse, enfermée dans une enveloppe trop petite. Son esprit essayait de se frayer un chemin en dehors de ce corps trop lourd, trop chaud. Elle avait l'impression que même son visage était enfermé. Les sons qu'elle percevait étaient lointain, presque imperceptible. Elle avait envie de crier mais elle n'avait plus commande de son propre corps.

Elle fut réveillée par la texture d'un tissus froid et humide posé sur son visage. Elle ouvrit lentement les yeux, perdue. Combien de temps était-elle restée inconsciente? Où l'avait-on emmenée? Une multitude de questions vinrent se bousculer dans sa tête. Tête qu'elle prit aussitôt dans ses mains tant elle souffrait d'une migraine atroce.

L'homme à ses côtés lui proposa une petite plante plongée dans de l'eau, qu'elle prit sans broncher. Son mal se dissipa assez rapidement grâce aux effets bénéfique de la nature.

Veuillez excuser nos soldats... Ils n'ont pas trop l'habitude...hmm... De ce genre de cas.

La personne assise à côté d'elle, semblait un peu hésitante quant à ses paroles, semblant vouloir en dire plus mais ne sachant pas comment entreprendre la discussion avec la demoiselle venant de se réveiller.

Notre jeune recrue a cru bon de vous ramener dans notre caserne plutôt que de vous portez secours directement sur la place... Je comprends que votre réveil ait été un peu... comment dire? Brutal? Les premiers soins ne sont pas leur principal occupation... A mon grand regret. Je m'appelle Cornelius, je suis d'ailleurs un des médecins attitré de ces bons à rien de soldats!

D'un sourire, il voulait mettre en confiance la jeune fille qui se trouvait devant elle, bien qu'il paraissait assez troublé par la présence de la petite personne. Il se racla la gorge et agita ses mains d'une bien drôle de façon, comme s'il ne savait quoi en faire. Il se leva d'un bond et alla fouiller dans un tiroir de son bureau où il en tira de drôle d'instruments.

Puis-je vérifier que tout va bien pour vous? J'aimerais autant éviter que vous ne retombiez comme tantôt...

Il s'avança vers Esiole qui secoua la tête pour acquiescer. Il regarda ainsi ses yeux, reprit son poux ainsi que sa température, s'assura qu'elle n'avait aucune séquelle quant à sa chute.

Le silence était un peu pesant, il semblait manipuler une poupée fragile de laquelle il prenait grand soin. Murée dans son silence, la rousse se laissait faire, toujours à se poser des tonnes des questions.

Rompant le silence, il racla à nouveau sa gorge et expliqua à sa patiente ce qui allait arrivé ensuite.

Les recrues qui vous ont récupéré vont venir vous poser quelques questions. Bien évidement, je les informerai de votre état de santé...
Hmmm... Est-ce que vous vous nourrissez correctement Mademoiselle? Vous me semblez si faible... Puis tous ces hématomes... quelqu'un vous a fait du mal?


L'homme semblait réellement s'inquiéter, voilà d'où lui venait son air angoissé et troublé. Il l'avait bien regardée de la tête au pied et il n'avait jamais vu une telle personne au sein de Château-Rouge. Sa tenue trahissait son origine paysanne cependant, les ornements et coutures riches montraient une certaine classe sociale. Bref, il avait devant lui une bien étrange demoiselle.

Ecoutez... Je souhaite seulement vous aider. Parlez-moi... Je ne vous veux aucun mal, je suis de votre côté. C'est cet homme qui vous a fait ça?

Il parlait sans nul doute des différentes plaies qu'elle portait à ses bras et ses jambes dont elle avait hérité de sa course folle dans la forêt des perdus. Au même moment où elle répondu d'un geste négatif de la tête qui lui rappela son fourni, la porte s'ouvrit d'un grand fracas. Un homme vêtu d'une armure comme celle des soldats aperçut un peu plus tôt arriva à la portée d'Esiole qu'il empoigna sans détour.

Veuillez lâchez cette demoiselle, il s'agit de ma patiente!
Répliqua le médecin d'un air vif et non intimidé.
Elle doit me suivre. J'ai des questions à lui poser. Et si t'es pas content, tu vas te plaindre au capitaine. Les ordres ce sont les ordres.
Et il sortit comme il était venu, d'un pas pressé mais avec une bonne femme en plus au bout de la main. Il grommela agacé et lança quelques jurons sur l'allée qui le menait au bâtiment principal, la fille n'avançait pas assez vite à son goût.

Trop de pensées.

Elle pensait tellement qu'elle ne savait même plus protestée. Faim, soif, sommeil, questionnement, trop de choses. Elle n'avait pas la force de se débattre, de crier, ni même de pleurer, elle avait cette mauvaise impression d'être une poupée de chiffon qu'on trimbalait peu importe où. Cependant, son bras lui lançait des signaux puissants, lui indiquant une douleur naissance dû à des bleus sous son épiderme.

Le bonhomme qu'elle aurait sans doute trouvé trop grand pour son armure, la lâcha d'un geste brusque une fois qu'elle fut assise sur une petite chaise en face de celui qu'elle reconnaissait comme étant le tueur de tout à l'heure.

Connaissez-vous cette personne? ❞  

Il adressa la parole à la silhouette frêle et presque inanimée de la demoiselle qu'il venait de balancer comme une vulgaire marionnette en tissus. Elle plongea son regard dans celui de l'inquisiteur et ne répondu rien. Tout simplement parce qu'elle ne pensait plus à rien.

A part à fuir.
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LE GARDIEN
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MessageSujet: Re: Une rencontre dans la ville rouge01.05.17 12:14





D
ans quelle situation j’ai encore réussi à me mettre, pensa le jeune inquisiteur. Me voilà aux mains de la garde locale, je les ai même laissés me passer les fers, pour prouver ma bonne foi, mais cela ne semble pas trop les avoir détendus. Que vont-ils me faire…

Les gardes de château rouge ne sont pas connus pour leur finesse, mais ils font apparemment preuve de retenue en public, du moins c’est ce que racontent ceux qui ont eu la déveine de les croiser dans des endroits clos. Soluxi allait le découvrir assez vite alors qu’il passait l’entrée du poste de garde. Il était distrait et se retournait afin de voir ce que l’on allait faire de la jeune fille, toujours inconsciente. Alors que son regard cherchait la petite rousse, sa tête parti violament en arrière sous l’impulsion d’un puissant coup de poing dans la mâchoire. La brutalité du coup le força à faire quelques pas en arrière, très vite interrompu par l’homme derrière lui qui le poussa en avant, face à son agresseur. Titubant et essayant de dresser ses poignets ceinturés par de lourds fers, le jeune inquisiteur compris à l’attitude des gardes que ce n’était pas encore terminé.  Un passage à tabac ? Quel merveilleux cadeau de bienvenu...

Calme…Ils étaient quatre à vouloir attendrir la chair de l’inquisiteur, les autres formaient déjà un cercle autour d’eux afin qu’il ne puisse pas s’enfuir, il n’en avait de toute façon nullement l’intention. Ce qui allait se passer maintenant allait être décisif, vital même. Il prit une grande respiration et se concentra. Il allait devoir résister à quelques assauts le temps de bien les observer afin d’exploiter leurs faiblesses. Si son observation durait trop longtemps il risquait de perdre connaissance, il en avait conscience, mais sa détermination avait toujours été sans faille.

Analyse... Celui qui lui faisait face était grand et portait la moustache, il était le seul qui ne semblait pas chétif dans son armure de garde et était également celui qui portait la clef de ses fers. Alors qu’un des trois autres prenait appuis sur sa jambe afin de lancer un coup de genou dans l’estomac de l’inquisiteur, il remarqua qu’il boitait légèrement de la jambe gauche, une vieille blessure mal soignée probablement. Le jeune homme se retrouva plié en deux par le coup, une boule de douleur venait d’éclater dans son estomac, ils n’y allaient pas de main morte. Alors qu’il reprenait ses esprits, l’un de ses assaillants lui écrasa une bouteille vide sur le crâne qui éclata à l’impact. Sa démarche était très hasardeuse, il avait surement fini la bouteille il y a peu. Il ne restait plus qu’un seul assaillant à analyser, mais le jeune homme aux cheveux de jets sentait ses limites arriver à grands pas. Sa sueur se mêlant à son sang, il porta un regard décidé sur les clefs du moustachu et passa à l’action.

Réaction ! Le quatrième garde couru vers le jeune homme qui venait de se redresser. Il était armé d’une trique et visait la tête. Soluxi, d’un réflexe félin, enroula ses fers autour du bras de son assaillant et exerça une pression sèche dans la direction opposée à la pliure de son coude, le craquement qui en résulta fut presque étouffé par les cris de l’homme. L’inquisiteur saisi ensuite la trique et se retourna dans un tourbillon, frappant la pommette du garde ivre, qui, déséquilibré, s’écroula dans la foule. Le boiteux, qui s’était avancé à portée, prenait alors à nouveau appui sur sa jambe afin de frapper de son genou les côtes du guerrier de l’Ordre, mais il fut stoppé par la douleur lorsque son tibia se brisa sous l’impulsion du pied du jeune homme. Soluxi se tourna vers son dernier adversaire et lui lança la trique à la tête, lui bloquant la vue afin de frapper. Enfin c’est ce qui se serait passé si le moustachu n’avait pas été, lui aussi, un expert du combat. Il saisit la trique au vol et l’éclata en deux sur le visage surpris du jeune homme, qui perdit connaissance.

Le jeune homme se réveilla dans une petite salle, assis à une chaise, seul. Sa tête le lançait et ses côtes lui faisaient éprouvé une douleur lancinante. Les gardes n’avaient sans doute pas arrêté les festivités après sa perte de connaissance. Toujours attaché, il commença à passer ses côtes en inspection, passant délicatement ses doigts sur chacune d’elle. Six de cassées, cela explique pourquoi il a tant de mal à respirer. Il fut soudainement sorti de ses pensées alors que claqueur entrait dans la pièce accompagnée de la jeune fille, plus si inconsciente que ça. Il l’a fit brutalement s’assoir sur la chaise d’en face et beugla :

« Connaissez-vous cette personne ? »

La jeune fille plongea alors ses yeux dans ceux pochés de l’inquisiteur mais ne dit pas mots. Ce silence était gênant et le jeune homme ne devait pas inspirer une grande confiance vu son état plus que lamentable.

« Vous allez bien ? Ils vous ont fait du mal ? »

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LE MAT
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MessageSujet: Re: Une rencontre dans la ville rouge02.05.17 23:02




Jamais vraiment libre






Au fond, elle ne voyait pas les coups que cet être avait dû subir. Elle ne voyait pas la souffrance qu'il avait pu endurer quelques instants plus tôt. Elle ne voyait pas CETTE souffrance. Elle en ressentait une autre, plongée bien plus profondément en lui. Elle sentait dans son regard une certaine... douleur? Non. Ce n'était  pas exactement le mot qu'elle cherchait.

L'homme pour son statut lui faisait extrêmement peur, mais son être, tel quel le voyait en ayant plongé son regard dans le sien, était différent de l'appellation qu'il avait employé quelques heures auparavant.

Sans savoir comment, elle pouvait sentir une émotion puissance chez cet homme, une certaine puissance mélangée à quelque chose de plus sombre. Comme si le soleil se mélangeait à la lune. Comme si la glace prenait vie dans le feu. L'un avec l'autre sans pour autant se consumer, sans pour autant se faire disparaître, sans se détruire mutuellement. Une éclipse? Cet homme était une éclipse. Son éclipse.

Elle eut un frisson. Quelque chose venait de la percuter de plein fouet, une image. Une image violente. Un sentiment de déjà vu. Déjà vu et pourtant pas  passé. Comme si tout cela était écrit. Une vision floue, froide, pleine de sens et pourtant si incertaine.

La voix de l'inconnu résonna alors dans la petite salle : ❝ Vous allez bien ? Ils vous ont fait du mal ?

Elle secoua la tête négativement. Nouveau frisson. Son timbre était loin d'être faux. Il s'était vraiment inquiété pour elle. C'est alors qu'elle les remarqua, toutes ces marques, ces contusions sur le visage. Elle fut choquée par la violence qu'il avait pu subir par sa faute.

Nouveau sursaut. Nouvelles images. Tout aussi violentes que les premières, mais plus réelles. Sauf que cette fois, ce n'était pas une impression dérangeante. Elle voyait les coups volés, la méchanceté brutale et gratuite. Elle sentait la volonté de défaire des liens, la volonté de rester debout. Comment ça des chaînes?

Elle baissa instinctivement ses yeux vers ses poignets. Rien. Elle venait de briser le lien qui l'unissait à cet individu qui se trouvait en face d'elle en baissant ainsi le regard. Les visions finirent. Qu'avait-elle imaginer? Non... Était-ce réellement son imagination? Elle se mit alors à douter. Elle se concentra tant bien que mal. Tout ça allait trop vite pour elle, pour son cœur, pour sa tête.

L'homme debout se fit insistant : ❝ Connaissez-vous cette personne? ❞  Il s'impatientait fortement, frappant son poing sur la table. La demoiselle se déstabilisa encore un peu plus, commençant à se rendre compte dans quelle situation elle s'était mise... Si ce qu'elle avait vu là était vrai, elle risquait d'en être la prochaine victime et il était clair qu'un passage à tabac ne lui aurait pas été bénéfique.

Elle regrettait tant Auvent, sa petite chambre, les bons plats préparés. Elle imaginait le doyen en train de l'appeler à plein poumons et à s'inquiéter pour elle. Elle imaginait les battues dans la forêt des perdus, les jurons de ses précepteurs.

Et si j'étais prête? ❞ murmura-t-elle pour elle-même, de façon presque inaudible. Une façon de se persuader pour se sortir de ce mauvais pas. Que faire? De son petit gabarit maigrichon, elle ne se sentait pas de taille à faire face seule au soldat qui se dressait à ses côtés et encore moins à la flopée qui pouvait être hors des murs de cette petite salle.

Une voix tremblante, mais cette fois distincte, sorti de la bouche de la demoiselle. ❝ Je ne connais pas cet homme. Veuillez-nous laisser partir.

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LE GARDIEN
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MessageSujet: Re: Une rencontre dans la ville rouge07.05.17 15:56







I
l faisait froid et sombre dans la salle d’interrogatoire, la seule bougie vacillante de la pièce ni changeait que peu. Alors qu’il attendait la réponse de la jeune fille face à lui un frisson parcouru l’échine de l’inquisiteur. Une goutte provenant du plafond moisis venait de lui tomber dans le cou. Le clapotis constant de l’eau, trahissant la forte humidité de la salle, réussissait la prouesse de rendre l’endroit encore plus lugubre. Il contint un spasme de dégoût tant bien que mal, se disant qu’il se devait d’être le plus rassurant possible pour le bien de la petite rousse, tremblante comme une feuille.

Après ce qui sembla être une éternité pour quelqu’un qui devait faire un effort surhumain pour garder ses yeux ne serait-ce qu’entrouverts, la jeune fille finie par hocher la tête dans un sursaut à peine dissimulé. Ils ne lui avaient pas fait de mal, ou en tout cas elle avait trop peur pour le faire remarquer, son bras semblait pourtant la faire souffrir. Pourrait-elle le suivre en cas de fuite ? Voudra-t-elle seulement le suivre ? Et pourquoi semblait-elle tant perdue dans ses pensées ?

Toutes ces questions furent chassées brutalement par l’impatience du garde, qui frappa violemment sur la table en hurlant à nouveau sa question. La seule bougie de la pièce tomba alors sur son côté, roulant doucement vers l’extrémité de la table. Le visage du garde était crispé par la colère, la flammèche à l’agonie ajoutant à sa terrible image des ombres marquées, lui donnant un aspect presque démoniaque. La jeune fille lui répondit mais Soluxi n’écoutait déjà plus leur conversation. Il se concentrait. Calme…

Le jeune inquisiteur balaya la pièce d’un regard affuté. Le clapotis ambiant le guida jusqu’à son casque, ayant été placé, en même temps que le reste de ses affaires, dans un coin de la salle. À côté de son couvre-chef, que l’égouttement oxydait, se trouvait sa sacoche, également trempée, mais pas par de l’eau, son contenu ayant probablement été brisé. Pas dans son entièreté espérait l’inquisiteur. Un lège ruissellement le guida jusqu’à une flaque s’étant formé sous l’un des pieds de la table de bois. Il leva enfin ses fers afin de les soupeser, puis commença à ricaner afin d’attirer l’attention du garde. Ils étaient lourds, mais pas encrés aux sols, s’était un terrible avantage. Analyse…

Le garde s’approcha du jeune inquisiteur en grommelant, il voulait probablement savoir ce qu’il trouvait drôle, il allait être surpris. Soluxi se balança en arrière, levant brusquement ses genoux afin de soulever la table et de faire tomber la bougie, qui s’éteint dans un grésillement dans la flaque. La pièce fut alors plongée dans l’obscurité et l’inquisiteur, au sol, poussa sur ses jambes afin d’atteindre, en un cumulet savant, sa sacoche. Il y trouva, comme prévu, de nombreux débris de verre, mais également une fiole intacte, qu’il but avec empressement, espérant qu’elle lui serait utile. Il sentit sa pupille se déchirer alors que sa vision commençait à s’améliorer, comme si la pièce s’illuminait devant lui.  Réaction !
« Le chat… » murmura-t-il dans un sourire.

Le jeune inquisiteur, y voyant comme en plein jour, attrapa son casque et l’écrasa d’un mouvement brutal contre le crane de leur geôlier, qui se dirigeait à tâtons vers la porte de la cellule. Il s’écrasa brutalement sur le sol alors que Soluxi recoiffait son casque. Il se tourna ensuite vers la jeune fille et la saisi par la main, la tirant de sa chaise dans un puissant souffle.

« Aller on y va ! »

L’inquisiteur poussa la porte du pied, suivi de près par la petite ingénue tirée par le bout des doigts. Ils arrivèrent bien vite dans le couloir principal, bien trop éclairé pour les yeux de félins de Soluxi. L’inquisiteur se cacha les yeux de ses deux bras, lâchant du même fait la main de la jeune fille.


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LE MAT
NIVEAU : 5


MessageSujet: Re: Une rencontre dans la ville rouge14.05.17 18:02




En un coup d'éclat






Un rictus. L'homme attaché derrière la table face à elle rigolait. C'était insensé et pourtant... pourtant il riait bel et bien. Elle fronça ses sourcils d'incompréhension. Avait-elle dit quelque chose de drôle? Avait-elle l'air si minable que pour qu'il puisse rire ainsi? Le garde, lui, ne rigolait pas. Il était même assez énervé de cette situation. Il s'approcha d'un air féroce sur l'inquisiteur puis tout se passa vite, très vite.

Un coup d'éclat. La table s'éclata littéralement au sol dans un bruit sec et l'obscurité prit place dans la petite pièce. Elle n'avait plus aucun repère, plus aucun contact avec personne. C'était faux. Elle entendait parfaitement, comprenant ce qu'il se passait. Si elle avait appris à utiliser un sens, c'était bien son ouïe.

Elle senti une main la saisir, pas comme la prise du garde quelques instants plus tôt mais quelque chose de plus... doux? Elle eut un moment de vide. Comment cet homme pouvait sembler doux? Surtout dans un moment pareil.

Aller on y va !

Elle acquiesça. Geste qui lui parut stupide après coup. Il n'aurait clairement su la voir dans la pénombre et pourtant, elle avait agit comme s'il avait pu. Il partit en avant, la tenant fermement afin de ne pas la lâchée. Nouveau coup sec donnant accès à l'extérieur. La lumière frappa le visage des deux prisonniers mais l'homme en armure qui la tenait lâcha son emprise et se cacha les yeux. Oui la lumière était aveuglante surtout après un tel noir mais pas au point de se cacher dans un tel moment.

La demoiselle eut alors plusieurs choix qui s'offraient à elle :

Solution numéro une : s'échapper en courant à toutes jambes et laissant l'inquisiteur à sa place. Les gardes s'occuperaient de lui et l'oublieraient elle. Après tout, elle n'avait rien fait de mal...

Solution numéro deux : rester là et attendre que ce personnage se ressaissise et prenne les choses en mains... Après tout, il était en armure et il avait l'air de savoir quoi faire de ses mains.

Solution numéro trois : protéger celui qui venait de lui offrir sa chance de retourner à sa liberté.

Des pas commencèrent à se faire entendre en direction de la petite pièce. Sans doute des gardes qui avaient entendu du bruit ou qui venaient aider le soldat resté pour l'interrogatoire. Attrapant la main du grand bonhomme, elle le tira d'un geste ferme mais calme, tout en douceur, commençant à courir. La troisième solution ne serait pas la plus évidente, mais elle ne se serait pas pardonnée de laisser cet homme dans une si mauvaise posture, surtout après ce qu'il venait de faire.

Gardez vos yeux fermés et laissez-moi vous guider...

Les pas se rapprochaient dangereusement mais la demoiselle resta aussi calme qu'elle le pouvait, prenant son courage à deux mains. Elle laissa ainsi son instinct la guider au travers de la base militaire. Elle passait des couloirs, s'arrêtait brusquement dans les coins des couloirs. Elle filaient aussi vite qu'elle pouvait tout en s'occupant de celui qui la suivait aveuglément. De temps à autre, elle lui donnait des indications pour qu'il connaisse les obstacles ou les moments d'arrêts.

Une goutte de sueur perla le long de son visage. Les gardes étaient en alerte maintenant, on entendait des ordres se crier haut et fort, il fallait qu'elle sorte le plus vite possible de ce mauvais pas. Où pouvaient ainsi se cacher l'entrée de ce grand endroit trop bien gardé? Mais surtout, comment pourrait-elle sortir sans se faire repérer? L'entrée serait de toute façon gardée.

Elle pria pour avoir une idée lumineuse, loua les dieux pour qu'ils lui accordent une chance de sortir de cet endroit. Jusque là, elle s'était sentie guider par une force certaine qui lui avait donné la chance de ne croiser aucun garde malgré qu'elle était suivie par une armure ambulante.

Ne m'abandonnez pas

Elle se pinça la lèvre avant de se tétaniser sur place. Un garde venait de croiser leur chemin au coin du couloir où elle s'était arrêté. Il n'était pas bien grand et assez jeune selon ses traits. Il ne semblait pas non plus être affolé par l'alerte qui avait été lancée. Surement pensait-il qu'il n'aurait même pas à croiser la route de fugitifs. Il fit deux pas en arrière, balbutia quelques mots de façon inaudible. Sans doute avait-il eu envie de crier mais les mots n'étaient simplement pas sortit dans le bon ordre ni dans la bonne tonalité. Il voulu se retourner pour partir en courant.

Une grande inspiration. C'est ce que prit la rouquine avant de se jeter en avant, corps perdu mais tout entier vers le petit soldat qui ne devait pas dépasser son âge. Ils tombèrent tous deux sur le sol et elle plaça une main sur sa bouche.

Chut chut CHUTTTTT... Tu vas nous indiquer comment sortir de cet endroit sans nous faire repérer et nous te ferons aucun mal... Si tu ne le fais pas, je dis au grand balaise de cogner très fort!

Elle avala sa salive, regrettant dans un même temps ses paroles. Comment pouvait-elle ainsi menacer quelqu'un? Surtout qu'elle demandait à l'autre d'endosser le rôle du méchant cogneur. Elle se sentait mal, faible et impuissante. Cette situation, elle ne l'avait clairement pas cherchée mais elle la regrettait amèrement. Comment avait-elle pu tomber si bas?

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LE GARDIEN
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MessageSujet: Re: Une rencontre dans la ville rouge19.05.17 23:49






T
elle une girouette trop graissée, glissant d’un côté à l’autre avec violence au moindre caprice d’une petite brise, tremblant sur son socle prête à chuter de sa position culminante à tout moment, grinçant par à-coup comme dans un cri de surprise, résonnant dans le vent comme pour occuper l’espace trop vide du ciel. Je me balance…

Tel un chat venant de naître, les yeux encore clos de par sa naissance, ses pupilles n’ayant encore jamais ne serait-ce qu’entr’aperçu la lumière du jour, titubant dans une nuit épaisse, plongé dans le noir le plus complet. Je n’y vois rien…

Tel un puits fragilisé par le temps, l’eau s’infiltrant par les joints trop vieux d’un trou creusé il y a trop longtemps, se vidant peu à peu de sa substance, devenant patiemment une tour souterraine parfaitement sèche. Je perds du sang…

Telle une flamme vacillante sous une pluie battante, grésillant à chaque agression extérieure, résistant tant bien que mal à la tempête, réchauffant tant que possible l’espace qu’elle occupe, de moins en moins. Je m’éteins…

Faire confiance…quel concept étrange. À partir de quel point commence-t-on à décider qu’il s’agit de confiance ? Tendre la main à un inconnu n’est-il pas déjà un premier pas vers une confiance confiée ? Cette jeune fille me connaissait à peine lorsqu’elle a décidé de me saisir la main afin de m’assister. Elle me craignait je crois, je le voyais dans ses yeux lorsqu’elle me regardait, et pourtant elle était passée au-dessus de ses aprioris…m’avait-elle fait confiance ?

Tiens ? J’ai cru entendre qu’elle parle de moi…a-t-elle besoin de moi ? Il faut que j’ouvre les yeux, même s’ils me brûlent…Aller Soluxi…Tu es un inquisiteur de l’Ordre ou un simple paysan ?!


Alors que l’inquisiteur ouvrit enfin ses yeux, ses pupilles se reformant en deux ovales flamboyants, il découvrit sa guide en pleine confrontation avec l’un des gardes de château rouge. Elle semblait avoir réussi à le bâillonner de sa main, négociant sa collaboration en échange de notre gentillesse à son égard. Elle avait fait preuve d’initiative, de force, de courage…un vrai lion. Soluxi ne put s’empêcher de l’admirer alors que ses boucles rousses glissaient hors de son capuchon. Cette jeune fille était parfaite, elle lui paraissait presque sortie d’un rêve, peut-être était-ce cependant dû à sa fièvre qui montait.

Le garde, sa surprise initiale passée, se ressaisit et poussa avec vigueur d’un revers la petite ingénue, cherchant de son autre main son épée. Alors que son poing se serra contre la dague accrochée à sa ceinture, le jeune inquisiteur fondit à son tour sur lui afin de l’empêcher d’atteindre Esiole. Après une lutte aussi intense que brève, l’inquisiteur finit par retourner sa dague contre le jeune garde qui s’éteignit peu de temps après.

Soluxi se retourna afin de s’adosser sur le cadavre du garde enfant, sa respiration était saccadée et pénible. Il chercha le regard de la jeune fille rousse en serrant sa main sur ses plaies ouvertes.

« Je ne suis pas sûr de pouvoir aller plus loin…Continuez sans moi…Je ne ferais que vous ralentir…Sauvez-vous. »
déclara-t-il la gorge nouée.

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MessageSujet: Re: Une rencontre dans la ville rouge

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Une rencontre dans la ville rouge

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